L’avant-Standard

Ils se souviennent encore des déculottées ramassées lors de la grande époque du Standard, tant à Sclessin qu’au parc Duden. Alors quand «leur» Union Saint-Gilloise reçoit à nouveau les Rouches, Daniel et Christian trépignent. Et refusent de voir ces play-off 2 comme «pour du beurre». D’autant que les jaunes et bleus jouent «mieux que jamais».

«Si j’avais pu, j’aurais pris le toit en bleu. Mais ça n’existe pas».

La petite citadine jaune est garée devant les briques centenaires du stade Marien, au parc Duden. Christian, son propriétaire, rigole. Supporter de l’Union Saint-Gilloise «depuis toujours», il aurait bien assorti la peinture de sa Skoda à l’écharpe qu’il noue tous les dimanches.

Ou les vendredis, quand son équipe voit son match avancé pour cause de visite du Standard. «C’est un match à risque», glisse le Bruxellois dans une moue dubitative. «Nous c’est pas le problème, mais y aura des Anderlechtois hors des tribunes. Ils vont chercher la bagarre. Je comprends pas ça». C’est que le «petit Poucet inoffensif» de la D1B garde l’image de club «familial et sympathique». Même quand 10.000 supporters sont attendus au Stade Roi Baudouin, où les jaunes et bleus ont migré dans l’attente de la réfection de leur enceinte historique, prévue pour novembre.

«On en a vu, des matchs, dans ces gradins», souffle Christian à son ami Daniel Melard, président du fan-club Les Fidèles. On refait l’histoire de ce club historique revenu à la mode chez les bobos. Et on préface avec eux, autour d’un thé puis d’une pils liégeoise, la venue des Rouches pour affronter ces «autres» bruxellois.

Le Standard d’hier

Christian : «J’ai des souvenirs précis des matchs contre le Standard au parc Duden. On savait plus bouger, on était comprimés à 30.000. De 69 à 72, le Standard était une équipe extraordinaire. Ils sont champions en 70, en 71 et 3e en 72. En 70-71, on prend 0-4 ici et 6-0 là-bas! Laminés! Avec Van Moer, Pilot, Takac… Je me souviens d’un goal d’Edwin Kostedde, l’Allemand: il dribble 4 joueurs avant de marquer. Je comprends que les supporters liégeois de 2017 soient déçus: leur équipe n’arrive pas à la cheville de ceux-là».

L’Union d’hier

Les supporters de l’Union préfacent la venue du Standard: «On a l’image d’un Petit Poucet inoffensif» Dans le coin du stade Marien, les anciennes tribunes ont été débroussaillées pour faire place aux transformations.

Christian: «Entre 69 et 73, j’ai vu le Standard, Liège, La Gantoise, le Lierse… À l’époque, il y avait 4 clubs bruxellois. On allait voir les matchs en tram. Quand l’Union ne jouait pas, on allait au Crossing Schaerbeek, au Racing White ou à Anderlecht. On pouvait acheter ses tickets au stade, sans carte d’identité. Surtout, y avait pas 300 policiers pour nous encadrer. C’était bon enfant, les supporters se mélangeaient».

Daniel: «Il y a ce stade qui reste. Un stade urbain, mythique. Les tribunes d’antan, c’était 40.000 personnes debout! Aujourd’hui on est entre 3400 et 4000 au parc Duden et 2500 à 3500 au Roi Baudouin».

Christian: «L’entraîneur, c’était Guy Thys. On avait des grands joueurs. Trappeniers comme gardien. Paul Philippe: ce gars-là mon ami, il te tirait des coups francs comme Ronaldo. Il t’en mettait 7 sur 10. Je me souviens aussi qu’ils étaient allés chercher deux Danois: Larssen et Andersen».

Les supporters de l’Union

Les supporters de l’Union préfacent la venue du Standard: «On a l’image d’un Petit Poucet inoffensif» Daniel et Christian aiment bien boire un verre au stade mais «ne font pas les zivereers» en déplacement.

Daniel: «Moi j’allais voir le Racing Jette, Molenbeek, le Sporting… Mais c’est à l’Union que je me suis trouvé bien. Je suis supporter depuis 84. J’habite à Anderlecht près du parc Astrid, je vais même boire des verres avec mes amis mauves, mais je préfère l’ambiance bon enfant d’ici».

Christian: «Quand tu es Saint-Gillois, c’est une tradition. Quand j’avais 14-16 ans, je m’étais arrangé avec des copains pour aller voir tous les déplacements au départ de la Brasserie Verschueren pour 100 francs belges. Y a juste mon frère qui a mal tourné: il est pour Anderlecht. Mais peut-on lui en vouloir vu le niveau qu’on a eu depuis?»

Daniel: «Le public s’est un peu rajeuni depuis quelques années et la fondation du club des Union Boys. On s’entend bien avec eux même si, aux Fidèles, on est un peu plus âgés. Nous, on aime bien boire un verre, mais on joue pas les “zivereers” dans les stations essence en déplacement».

Christian: «L’Union attire aussi pas mal de nouveaux habitants, des Français. Et aussi des néerlandophones».

Daniel: «Et un peu les bobos aussi, c’est vrai».

Christian: «Ça reste familial. À 15 ou 20€ le ticket au stade Roi Baudouin et 60€ l’abonnement de 5 matchs en play-off 2».

L’Union d’aujourd’hui

Daniel: «On a peut-être l’image d’un Petit Poucet inoffensif, c’est pour ça que les supporters adverses nous applaudissent, comme à Beveren. Il faut dire qu’avec 2 millions d’euros de budget, on est 23e sur les 24 clubs pros, devant Lommel».

Christian: «Les supporters du Sporting nous aiment bien, mais quand on les battra en D1, ils ne diront plus ça!»

Daniel: «Les joueurs ici, ils repassent à la buvette après le match, boire un verre. Ils sont très accessibles, on sait les approcher».

Christian: «Le gros problème de l’Union, c’est qu’ils n’ont jamais su franchir le pas vers le professionnalisme. Ils restent un peu amateur. Bon, maintenant, Jürgen Baatzsch tente quelque chose. C’est un bon président. Il a introduit le bus des joueurs avec le logo, apporté les aménagements au stade… Il faut gérer le club comme une entreprise, s’entourer des bonnes personnes, comme Vanden Stock l’a fait avec Verschueren».

Daniel: «Quand même, ça évolue bien. Je suis allé voir le Standard contre Panathinaikos à l’automne. Si on m’avait dit que je retournerais à Sclessin en play-off 2 avec l’Union, je l’aurais jamais cru!»

Le match de vendredi

Daniel: «En tout cas, c’est une belle vitrine pour l’Union. J’ai même 25 de mes collègues qui viennent de Tournai, Liège, Flobecq ou Louvain pour voir le match au Heysel».

Christian: «On peut remercier nos amis du Cercle d’avoir battu les Télétubbies (Tubize, NDLR) parce qu’on a été balayés à Louvain. La pression nous a fait craquer. Aujourd’hui, on a deux victoires en play-off 2 et je ne me souviens pas d’avoir vu l’Union jouer mieux. On nous prédisait une année catastrophique, et pourtant… Les joueurs sont détendus et leur match au KV Mechelen, c’était de très haut niveau!»

Daniel: «Ce vendredi, c’est une affiche historique et rafraîchissante. Financièrement, l’Union va faire du gain. 10.000 spectateurs, ça serait un record depuis 1984 quand on a été champions en D3 contre Ninove. Et c’est vrai que l’Union joue détendu. Ça serait différent s’il y avait un enjeu».

Christian: «Ça compte jamais pour du beurre! C’est un match officiel! Même si l’Union n’a pas demandé sa licence européenne… De toute façon, qu’est-ce qu’on irait faire en coupe d’Europe: on se ferait ramasser! Mais avec la visibilité qu’on va avoir, si on peut amener 1000 ou 2000 supporters de plus l’an prochain, c’est gagné!»

Daniel: «Ils ont sorti des écharpes spéciales avec le logo du Standard dessus, en souvenir».

Christian: «On n’attendra pas 10 ans pour en rebroder: le Standard descendra avant ça!»

«Ici, je m’amuse malgré que je vois du très mauvais football»

Après cette grande époque du début des années 70 évoquée par Christian et Daniel, l’Union entame un chemin un peu moins glorieux. Ainsi en 1975, André Remy récolte déjà des commentaires désabusés des supporters saint-gillois comme on le voit dans cette archive proposée par la Sonuma.

Alors, jamais assez pro, le club du parc Duden? Éternelle grenouille qui se voit plus grosse que le bœuf? À peine 2 ans après sa descente en D2 de 1973, les Unionistes se montrent en tout cas circonspects. S’ils viennent voir les jaunes et bleus, ce n’est sûrement pas pour la qualité de leur jeu…

«Il faut devenir professionnel, y a rien à faire, à notre époque», dit-on déjà sur la pelouse du stade Marien. Parce que «tomber aussi bas que ce qu’on est, y faut changer, hein».

Voir la vidéo d’archives…

UNION – STANDARD : 2-2

Les interviews et résumés…

Interview du coach et résumé du match

L’artiche de la RTBF, le résumé et les interviews des coaches et joueurs

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